Undertaker Chronicles #3
Ce fut avec regret que Lazarus quitta Berlin. Il aimait sa ville. Il adorait sa ville natale, mais il était peu enclin à trouver un mensonge convaincant aux questions que provoquerait sa réapparition. Il ne souhaitait pas davantage supporter l'infamie de son père et la pitié de ses "amis". Il chois de débuter une nouvelle vie.
Il voyagea beaucoup, essaya différents métiers et utilisa son pouvoir sans
contrainte, pour le bien comme pour le mal. Il prit confiance en lui, réalisant
que tout lui était possible. Il ne voulait pas dominer le monde mais il pouvait
le posséder.
Malgré son désir de couper tout lien avec son ancienne existence, il lui
manquait quelque chose. Il finit par renouer avec le seul métier qu'il ait
jamais aimé, fossoyeur. Il aimait les cimetières, les cercueils,
les cadavres. Eux ne se laissaient influencer par rien. Leur compagnie le
détendait.
Il s'installait dans une ville, ouvrait une boutique, travaillait jusqu'à ce qu'il ait assez d'argent. Après quoi, il se volatilisait. Il arpentait les routes, à la découverte de toute nouveauté. Jusqu'à une nouvelle ville plaisante ou le vide de sa bourse. Alors, il recommençait à zéro. Encore et encore. sa vie était agréable, mais il restait étrangement frustré, sans en connaitre la raison.
Il vivait à Paris quand sa vie bascula. Il marchait dans les rues détrempées de Montmartre, et croisa un un groupe de garçons agressant une jeune fille. Elle était agenouillée parmi ses affaires éparpillées, ses yeux agrandis par la peur. Lazarus adressa 3 mots aux garçons, et ils disparurent en courant. Il tendit la main à la jeune fille pour l’aider à se relever. Elle la lui serra, le remercia gaiement. Surpris, il la dévisagea tandis qu’elle rassemblait ses affaires en babillant joyeusement. Rien dans son sourire ne montrait ce qu’elle venait de vivre, comme si elle l’avait déjà oublié. Elle était très étrange, pas seulement dans son comportement d’ailleurs. Ses vêtements étaient un surprenant mélange de tissus et de couleurs, et ses cheveux dépeignés ( jamais peignés d’après lui) arboraient la couleur rose. La jeune fille virevolta pour lui faire face, et la tête penchée sur le côté comme un oiseau curieux, elle l’invita à son spectacle. Pour le remercier, expliqua-t-elle. Intrigué est désœuvré, il accepta.
Le prenant par la main, elle l’entraina dans les ruelles. Et le guida vers l’étrange chapiteau rouge. Il ne s’était même pas aperçu qu’un cirque s’était installé. Ce qui était curieux. La jeune fille le fit entrer sans payer, l’installa sur un banc et l’abandonna en lui criant son nom. Il lui murmura un bonne chance Willow qui se perdit dans le bruit de la foule.
Il assista fasciné aux numéros des trapézistes, des jongleurs, des lanceurs de couteaux et de tronçonneuses, des cracheurs de feu… A bien y regarder, c’étaient en réalité presque exclusivement des femmes. Seul le lanceur de couteaux ( et tronçonneuses curieusement) semblait être un homme, et encore ce n’était pas si sûr. Puis le clown entra en scène et il sourit en reconnaissant sa protégée aux cheveux rose. Évidemment, ça tombait sous le sens.
A la fin de la représentation, Willow revint le chercher et l’emmena dans les coulisses. Là, elle lui présenta les autres artistes. Tous avaient cette aura de décalage, de marge, d’étrangeté, qu’il avait senti chez Willow. Il se sentait bien parmi cette troupe hétéroclite. Puis sa jeune amie délurait le poussa vers Madame Loyal. Durant tout le spectacle, son visage avait été dissimulé par l’ombre de son chapeau. Maintenant, elle se présentait sans parure, et lui serra la main. Lazarus comprit ce qui lui avait manqué toutes ses années.
Il se tourna vers Willow et lui sourit. Cette dernière se hissa sur la pointe des pieds pour murmurer quelques mots à l’oreille de son amie. Qui sourit : « Notre cirque n’est pas complet, nous nous targuons d’offrir un spectacle varié, mais il nous manque un magicien. Vous n’en connaitriez pas un, par hasard ? » Pas encore, pensa-t-il, mais ça ne saurait tarder.
Quand le cirque quitta Paris, un nouvel artiste complétait la troupe. Le plus grand illusionniste du monde disait une affiche, le stupéfiant JOKER. Smile offrait à Lazarus une nouvelle vie, une nouvelle famille et un nouveau non. Il ne la quitta plus jamais.
Undertaker Chronicles #2
Et l'hiver de cette année là, Lazarus parla pour la première fois. Sa voix
était nette, il s'exprimait correctement. Il était clair que son silence tenait
du choix, et non de la contrainte. La raison de ce choix devint vite évidente.
Son pouvoir résidait dans sa voix. Elle manipulait ceux qui l'entendaient. Un
mot de cet enfant, et tous faisaient ses quatre volontés.
Une lueur cupide s'alluma dans les yeux de son père quand il comprit cela. Pour
la première fois, l'enfant prit de l'importance à ses yeux. Son fils avait un
potentiel extraordinaire. Il ne serait plus jamais question de s'en
débarrasser.
Toute fois, cette particularité n'était pas sans danger. Le père comprit
très vite qu'il devrait s'en protéger. C'est pourquoi, à compter de ce jour, le
précepteur fut accompagné de Hans, un immense gaillard qui avait été chassé de
l'armée pour violence et indiscipline.
Si le professeur était chargé de l'éducation, Hans s'occupait de l'autorité.
Lazarus avait interdiction de parler. Il était convenu qu'il continuerait à
s'exprimer par écrit, et adresserait la parole uniquement avec l'autorisation
de son père. Autorisation que ce dernier ne donnait que pour servir son
intérêt.
Hans était là pour protéger la famille de l'influence du jeune garçon.
Quand Lazarus eut compris cette leçon, son père l'introduisit dans la société. Il présenta la vague excuse d'une maladie infantile pour justifier l'absence de cet enfant jusqu'à ce jour. Personne ne posa de questions. Peut être s'en fichaient -ils, ou étaient ils déjà son le charme du garçon?
Lazarus devint rapidement la coqueluche de la haute société berlinoise. Son intelligence et sa beauté attirait l'attention, sa voix faisait le reste. Il passait énormément de temps dans la boutique de pompes funèbres de ses parents, et de soirées dans les salons de la noblesse.
En quelques semaines, les vœux de son père étaient réalisés, il était le plus riche et demandé fossoyeur de la ville. Il nourrissait de grands projets pour son fils. il le destinait à une carrière politique. Un jour, il dirigerait le pays, et peut être même l'Europe entière.
Lazarus n'était autorisé à coutoyer que les gens influents, riches, susceptibles de servir l'ambition de son père. Mais les enfants de son quartier l'intriguaient. Un jour, il demanda à son père pourquoi il ne pouvait utiliser son don pour aider leurs voisins, ou les gens les plus nécessiteux. Le père lu la question, et la gifle partit. Il menaça son fils, le frappa à nouveau, signalant qu'aucune désobéissance ne serait tolérer. Lazarus ne bougea pas, n'émit aucun son. Il fixa son père de ses yeux extraordinaires. Le père n'aima pas ce regard.
Les années passèrent, successions de richesses, de réussites, de gloire. Jusqu'au scandale. Le père Stein, le célèbre fossoyeur, fut arrêté divaguant et lamentable, dans une ruelle sombre. Il fut emprisonné pour le massacre de sa famille. La police l'interrogea longtemps, pour comprendre pourquoi cet homme qui avait tout avait commis un tel crime. Et pour savoir ce qu'il était arrivé de son adorable fils Lazarus, qui restait introuvable. En vain, Mr Stein ne put jamais proférer une réponse sensée. Il fut interner dans un asile psychiatrique, où il mourut de mauvais traitements. Personne ne le pleura. Mais tous se lamentèrent sur la perte du jeune Lazarus Stein.
Undertaker Chronicles #1
Depuis plusieurs siècles, chaque génération de la famille Stein voit naitre un enfant maudit. Nul ne se rappelle les raisons de ceci. Mais ces enfants hors du commun existent bel et bien. On les reconnait à leurs yeux de deux couleurs différentes. Toute leu vie, ils seront marqués du sceau de l'infamie.
Lazarus vint au monde avec les yeux ouverts. Un œil rouge, un oeil bleu. Sa
mère glapit de terreur en croisant son regard. C'était sur eux qu'était tombé
la malédiction cette fois ci. Quel déshonneur !
Pourtant, elle supplia son mari de garder l'enfant. Il n'était pas une menace
pour le moment, et la honte de sa naissance pouvait être cachée. Le mari ne
comprenait pas. Ils avaient d'autres enfant, pourquoi s'encombrer de cette
chose?
Mais la mère quémandait un répit, et il céda.
Puis, elle en demanda un autre, puis un autre. Promettant à chaque fois que lorsque les pouvoirs de l'enfant se développeraient, elle l'abandonnerai elle même. Mais aucun pouvoir ne se manifestait et la mère réclamait toujours un peu plus de temps pour son fils.Son mari tempêtait, hurlait, raisonnait, et finalement renonçait.Les années passèrent ainsi.
Il passait le plus de temps dans sa boutique. La fuite de cet enfant dérangeant était une excellente excuse pour travailler davantage. Parfois, il souriait en voyant des vieillards passer devant sa vitrine, calculant le temps qu'ils leur restaient avant qu'il ne s'occupent d'eux. Il se promettait qu'un jour, il serait le plus riche fossoyeur de Berlin.
Grâce aux suppliques de sa mère, Lazarus put grandir dans sa famille. Prêt
d'eux serait une formulation plus exacte, sans doute. Ses sœurs l'évitaient,
son père également. Même sa mère gardait ses distances. Il ignorait pourquoi. A
5 ans, ses pouvoirs étaient encore latents, alors ses parents ne lui avaient
pas parlé de la malédiction. Il subissait le rejet sans en comprendre la
raison.
Ses parents lui avaient fourni un précepteur, pour qu'il soit instruit. Sans
doute ne le laisseraient -ils jamais sortir de la maison, mais il était brillant,
d'une intelligence rare, et très intuitif. Il méritait une éducation. Peut être
deviendrait -il quelqu'un. Il n'avait toujours aucun don, mais une intelligence
hors normes et une grande beauté.
Par contre, il ne parlait pas.Il n'émettait aucun son, jamais. Les parents s'en
étaient inquiétés au début, mais ses études n'en subissaient aucune
conséquences, il communiquait parfaitement à l'écrit, tenant des propos qui
auraient semblé étrange dans la bouche d'un adulte, alors dans celle d'un
enfant !!
L'angoisse de la malédiction les quitta peu à peu. Lazarus avait 10 ans, il passait ses journées à étudier avec son précepteur, ses jours de congés avec ses livres et son violon. Et rien de bizarre ne se produisait.






















